13.01.2008
Salut, petit vengeur du Kosovo!

Milos Obilic, héros européen
La grande épopée du Kosovo
Chaque paysan serbe sous les drapeaux sait pour quoi il se bat: quand il était enfant, sa mère le saluait en lui disant: "Salut, petit vengeur du Kosovo"
John Reed
L'épopée du Kosovo constitue l'un des mythes majeurs; il se réfère à un évènement historique survenu le 28 juin 1398: ce jour-là, sur la plaine des Merli, les Turcs renversèrent les armées chrétiennes conduites par le prince serbe Lazar et établirent leur domination sur la région pour près d'un demi-millénaire. C'est alors que, dans les villages de paysans, naquit un cycle épique qui se transmit oralement, à travers la poésie héroïque et lyrique, selon des canons qui rappelaient explicitement la chanson de feste, le Saint-Graal ou les pupazzi siciliens, et qui démontraient de façon surprenante à quel point la culture européenne était alors intégrée. C'est ainsi que devinrent populaires, dans les Balkans, des personnages qui exaltaient des concepts comme l'honneur, l'héroïsme, le sens du sacrifice, le dévouement à la patrie et au prince.
Parmi eux, on trouve Milos Obilic (Obilik pour les Albanais), sorte de Roland de Roncevaux qui, au prix de sa vie, venge la défaite de son roi en pénétrant à l'insu de tous dans le camp adverse et en tuant le sultan Murat; Marka Kraljevic, doué de pouvoirs surnaturels et d'un cheval ailé, hippogriffe dans le plus pur style de l'Arioste; Vuk Brankovic, le traître, qui rappelle le rôle de Ganelon de Mayence; sans compter les nombreuses figures féminines enfermées dans leur deuil et leur souffrance.
A partir de 1814, sous l'influence du romantisme allemand et d'un conservateur bibliothécaire slovène très cultivé, Juraj Kopitar (1780-1844), l'anthropologue et philosophe serbe, Vuk Stefanovic Karadzic (1787-1864), recueillit et transcrit les musiques et les ballades populaires, tandis que le prince-évêque du Monténegro, Petar Petrovic Njegos (1813-1851) composait le fameux poème L'auréole de la Montagne et autres chants héroïques toujours inspirés de l'épopée du Kosovo.
C'est ainsi que, entre le XIXè et le XXè siècle, un mythe de type "renaissance" eut un impact très important, surtout chez les jeunes. Il inspira les populistes de Markovic au cours de l'insurrection bosniaque de 1875 et, surtout à travers le personnage du prince Obilic, il alimenta les idées de tyrannicide et donna le goût du martyre.
Les conjurés qui préparèrent la tuerie de Sarajevo le 28 juin 1914 (jour anniversaire de la bataille de 1398) s'inspirèrent, pour une large part, de cette culture politique.
John Reed
L'épopée du Kosovo constitue l'un des mythes majeurs; il se réfère à un évènement historique survenu le 28 juin 1398: ce jour-là, sur la plaine des Merli, les Turcs renversèrent les armées chrétiennes conduites par le prince serbe Lazar et établirent leur domination sur la région pour près d'un demi-millénaire. C'est alors que, dans les villages de paysans, naquit un cycle épique qui se transmit oralement, à travers la poésie héroïque et lyrique, selon des canons qui rappelaient explicitement la chanson de feste, le Saint-Graal ou les pupazzi siciliens, et qui démontraient de façon surprenante à quel point la culture européenne était alors intégrée. C'est ainsi que devinrent populaires, dans les Balkans, des personnages qui exaltaient des concepts comme l'honneur, l'héroïsme, le sens du sacrifice, le dévouement à la patrie et au prince.
Parmi eux, on trouve Milos Obilic (Obilik pour les Albanais), sorte de Roland de Roncevaux qui, au prix de sa vie, venge la défaite de son roi en pénétrant à l'insu de tous dans le camp adverse et en tuant le sultan Murat; Marka Kraljevic, doué de pouvoirs surnaturels et d'un cheval ailé, hippogriffe dans le plus pur style de l'Arioste; Vuk Brankovic, le traître, qui rappelle le rôle de Ganelon de Mayence; sans compter les nombreuses figures féminines enfermées dans leur deuil et leur souffrance.
A partir de 1814, sous l'influence du romantisme allemand et d'un conservateur bibliothécaire slovène très cultivé, Juraj Kopitar (1780-1844), l'anthropologue et philosophe serbe, Vuk Stefanovic Karadzic (1787-1864), recueillit et transcrit les musiques et les ballades populaires, tandis que le prince-évêque du Monténegro, Petar Petrovic Njegos (1813-1851) composait le fameux poème L'auréole de la Montagne et autres chants héroïques toujours inspirés de l'épopée du Kosovo.
C'est ainsi que, entre le XIXè et le XXè siècle, un mythe de type "renaissance" eut un impact très important, surtout chez les jeunes. Il inspira les populistes de Markovic au cours de l'insurrection bosniaque de 1875 et, surtout à travers le personnage du prince Obilic, il alimenta les idées de tyrannicide et donna le goût du martyre.
Les conjurés qui préparèrent la tuerie de Sarajevo le 28 juin 1914 (jour anniversaire de la bataille de 1398) s'inspirèrent, pour une large part, de cette culture politique.
La question Yougoslave, Stefano Bianchini
12:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kosovo


